Pourquoi on n'a pas investi dans l'immobilier (et qu'on l'assume)
7 juillet 2026 · 8 min
Image : dr_zoidberg — Openverse (by-sa)
« Vous êtes locataires ? Mais… vous jetez votre argent par la fenêtre ! »
On a perdu le compte du nombre de fois où on a entendu cette phrase. Aux repas de famille, entre collègues, chez le banquier. Toujours le même air un peu gêné, comme si on venait d’avouer qu’on ne savait pas conduire ou qu’on n’avait pas de mutuelle.
En France, ne pas investir dans l’immobilier, c’est presque un acte de dissidence. La pierre, c’est sacré. C’est le socle. C’est « ce qui reste quand tout le reste s’effondre ». On connaît la chanson.
On ne l’a pas chantée. Et on va expliquer pourquoi.
Signer pour 20 ou 25 ans : la phobie du trait d’encre
Un crédit immobilier sur 25 ans. Vingt-cinq ans. Posez-vous deux secondes et comptez. C’est 300 mensualités. C’est un quart de siècle. C’est plus long que la durée de vie moyenne d’un mariage en France.
Il y a 25 ans, on n’avait pas de smartphone. Google venait de naître. L’euro n’existait pas encore physiquement. Personne ne savait ce qu’était un podcast, un influenceur ou une pandémie mondiale. Et on devrait, aujourd’hui, s’engager sur une durée équivalente en pariant que notre vie, nos envies, notre situation, notre ville, notre couple, notre santé — que tout restera suffisamment stable pour honorer ce contrat ?
Ce n’est pas de l’irresponsabilité. C’est de la lucidité.
On ne dit pas que personne ne devrait emprunter. On dit que nous, on n’a pas pu se résoudre à signer un document qui nous lie à une banque pendant un quart de notre vie. Pas par peur du papier. Par refus viscéral de l’engagement contraint. L’engagement choisi, renouvelé, volontaire — oui, tous les jours. L’engagement imposé par un échéancier, sous peine de saisie — non merci.
Il y a une différence entre choisir de rester quelque part et être obligé d’y rester parce qu’on doit encore 187 000 € à un organisme bancaire.
La liberté comme valeur centrale : rester mobiles, autonomes, maîtres de nos choix
On a une boussole simple : est-ce que cette décision nous rend plus libres ou moins libres ?
L’immobilier, dans notre cas, la réponse était limpide. Acheter nous aurait ancrés. Géographiquement, financièrement, mentalement. Et l’ancrage, pour nous, c’est l’inverse de ce qu’on cherche.
On veut pouvoir décider en mars de partir vivre ailleurs en septembre. On veut pouvoir changer de ville si une opportunité se présente, si un projet nous appelle, si on a simplement envie d’autre chose. On veut que notre lieu de vie soit une variable, pas une constante.
Ce n’est pas de l’instabilité. C’est de la mobilité choisie. C’est refuser que quatre murs et un toit dictent le périmètre de nos possibles.
On connaît l’argument : « Mais tu peux acheter et revendre ! » Bien sûr. En théorie. En pratique, entre les frais de notaire (7-8 % dans l’ancien), les frais d’agence, les éventuels travaux, les pénalités de remboursement anticipé et le temps incompressible de mise en vente — il faut rester au minimum 6 à 8 ans dans un bien pour que l’opération ne soit pas perdante. Six à huit ans. C’est une éternité quand on a décidé que la liberté n’était pas négociable.
Et puis il y a l’autonomie au sens large. Ne pas avoir de crédit, c’est ne dépendre de personne. C’est pouvoir dire non à un job qu’on déteste sans que la panique du remboursement nous rattrape à la gorge. C’est pouvoir prendre des risques professionnels — se reconvertir, lancer un projet, explorer une voie incertaine — sans que la banque soit en embuscade derrière chaque décision.
Notre liberté n’est pas un luxe. C’est un choix de vie qu’on finance en renonçant à d’autres choses. Et l’immobilier est l’une de ces choses.
Le crédit : une laisse, pas une sécurité
On nous vend le crédit immobilier comme un outil d’enrichissement. « Tu paies pour toi au lieu de payer pour un propriétaire. » « L’effet de levier. » « Les taux sont historiquement bas. » On connaît le catéchisme.
Mais retournons le tableau un instant.
Un crédit, c’est une dette. Une dette colossale. Quand vous empruntez 250 000 € sur 25 ans à 3,5 %, vous remboursez au total environ 375 000 €. Vous donnez 125 000 € à la banque. Cent vingt-cinq mille euros. C’est le prix d’un appartement dans certaines villes.
Et pendant ces 25 ans, vous êtes tenu. Chaque mois, le prélèvement tombe. Que vous soyez malade, fatigué, en pleine remise en question, en burn-out, en séparation — le prélèvement tombe. La banque ne fait pas dans l’empathie. Elle fait dans le contrat.
On appelle ça de la sécurité ? Nous, on appelle ça une laisse. Confortable, certes. Parfois dorée. Mais une laisse quand même.
La vraie sécurité, pour nous, c’est l’absence de dette. C’est un matelas de liquidités qu’on peut mobiliser en 48 heures. C’est la capacité de réduire drastiquement notre train de vie si nécessaire, sans qu’un créancier vienne frapper à la porte. C’est la légèreté — pas l’insouciance, la légèreté — de ne rien devoir à personne.
Un jeu dont les règles peuvent changer
On n’est pas complotistes. On ne pense pas que l’État va confisquer les logements demain matin. Mais on observe. Et ce qu’on observe, c’est que les règles du jeu immobilier ne sont jamais gravées dans le marbre.
La fiscalité change. Les taxes foncières augmentent, parfois de façon spectaculaire. Les avantages fiscaux d’aujourd’hui (Pinel, PTZ, abattements divers) sont les niches supprimées de demain. L’IFI a remplacé l’ISF en ciblant spécifiquement le patrimoine immobilier. Les normes énergétiques se durcissent, rendant certains biens invendables ou inlouables sans travaux massifs. Les DPE changent de méthode de calcul et transforment du jour au lendemain un bien « correct » en passoire thermique.
Et puis il y a les risques qu’on oublie parce qu’ils semblent lointains. L’expropriation pour cause d’utilité publique existe. L’encadrement des loyers se généralise. Les zones de préemption s’étendent. Votre bien peut perdre 30 % de sa valeur parce qu’une autoroute, une ligne à haute tension ou un centre de traitement des déchets s’installe à côté.
On ne dit pas que ces risques sont probables pour chaque propriétaire. On dit qu’ils existent, qu’ils sont réels, et qu’on n’a aucun contrôle dessus. Quand vous achetez un bien immobilier, vous faites un pari sur 25 ans dans un cadre réglementaire qui peut bouger tous les 5 ans. Et vous ne pouvez pas déplacer votre investissement. Il est là, planté dans le sol, soumis aux décisions de gens que vous n’avez pas choisis.
Un portefeuille d’actifs liquides, on peut le réorganiser en une journée. Un appartement à Bordeaux quand Bordeaux n’a plus la cote, c’est un boulet qu’on traîne en attendant que le marché veuille bien se réveiller.
Ce qu’on a choisi à la place
Ne pas investir dans l’immobilier, ce n’est pas ne rien faire. C’est investir autrement. Dans des choses qui correspondent à nos valeurs.
La liquidité. Notre épargne est accessible. Pas bloquée dans des murs. Pas conditionnée à une vente qui peut prendre 6 mois ou 2 ans. Si demain on a besoin de 20 000 € pour une urgence, un projet ou une opportunité, on les a. Sans demander la permission à personne. Sans vendre à perte. Sans négocier avec un agent immobilier.
La liberté géographique. On peut vivre où on veut, quand on veut, pour la durée qu’on veut. Ce privilège a un prix — le loyer — et on le paie volontiers. Parce que le loyer, c’est le prix de la liberté de partir. Et cette liberté, pour nous, vaut plus que la plus-value hypothétique d’un T3 dans une ville moyenne.
Un revenu qu’on construit. Plutôt que de mettre notre énergie dans le remboursement d’un crédit, on l’a mise dans la construction de sources de revenus qui ne dépendent ni d’un employeur unique ni d’un marché immobilier local. On a investi dans nos compétences, dans notre reconversion, dans des projets qui génèrent de la valeur parce qu’on y met du travail et de l’intelligence — pas parce qu’on a signé un papier chez le notaire il y a 15 ans.
C’est un choix radical dans un pays où la propriété est un marqueur social. On en est conscients. Mais on préfère construire un revenu mobile, adaptable, qui nous suit partout, plutôt qu’un patrimoine immobile qui nous cloue quelque part.
Ce que ce choix coûte — et pourquoi on ne regrette pas
Soyons honnêtes : ne pas acheter a un coût. On ne va pas faire semblant.
On ne bénéficie pas de l’effet de levier du crédit. On ne profite pas de la hausse éventuelle des prix. On n’aura pas de bien « payé » à la retraite. On paie un loyer qui ne construit aucun patrimoine tangible. Dans les dîners, on n’a pas la fierté tranquille du propriétaire qui annonce la surface de son jardin.
Et on ne s’en fiche pas. On a fait les calculs. On sait ce que ça représente sur 20 ans. On sait que dans certains scénarios — marché haussier, taux bas, stabilité géographique — acheter aurait été financièrement plus rentable.
Mais la rentabilité financière n’est pas notre seul critère. Ce n’est même pas notre critère principal.
Notre critère principal, c’est : est-ce qu’on se sent libres ?
Est-ce qu’on se lève le matin sans l’angoisse d’une dette ? Oui. Est-ce qu’on peut changer de vie dans six mois si on le décide ? Oui. Est-ce qu’on dépend d’une banque, d’un marché local, d’une politique fiscale qu’on ne contrôle pas ? Non. Est-ce qu’on dort bien ? Très bien.
Le patrimoine qu’on construit n’est pas en briques. Il est en compétences, en expériences, en capacité d’adaptation, en liberté de mouvement. C’est un patrimoine que personne ne peut saisir, que le marché ne peut pas dévaluer, et qu’aucune taxe ne peut grignoter.
On ne milite pas contre l’immobilier. On ne juge personne qui achète — chacun ses valeurs, ses priorités, sa tolérance au risque et à l’engagement. Des gens heureux propriétaires, on en connaît plein. Leur choix est respectable.
Le nôtre aussi.
On a simplement décidé que ne pas s’endetter sur 25 ans, ne pas se ligoter à un lieu, ne pas dépendre d’un système dont on ne maîtrise pas les règles — c’était notre façon d’être responsables. Pas irresponsables. Pas immatures. Pas inconscients.
Libres.
Et ça, ça ne se rembourse pas en 300 mensualités.
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Questions fréquentes
Pourquoi refuser de vous endetter sur 20-25 ans pour acheter un bien immobilier comme la plupart des gens ?
Nous évitons cet engagement long car il limite notre liberté de mouvement et nous attache à un lieu et à des remboursements fixes pendant des décennies. Nous préférons rester mobiles et autonomes, en construisant un revenu que nous maîtrisons plutôt que de dépendre d'un prêt imposé par les normes sociales. Les règles fiscales et les marchés peuvent changer à tout moment, rendant cet investissement moins sécurisant qu'il n'y paraît.
Comment allez-vous sécuriser votre avenir et celui de vos enfants sans patrimoine immobilier ?
Nous misons sur notre capacité à générer des revenus de manière autonome et flexible, sans nous lier à un bien qui pourrait freiner une reconversion ou un changement de vie. Cette approche nous permet de ne pas dépendre d'un système rigide et de rester maîtres de nos choix. Nous assumons ce parti pris car il correspond à nos valeurs de liberté plutôt qu'à un modèle de stabilité imposé.
N'avez-vous pas peur de regretter de ne pas avoir investi dans la pierre face aux incertitudes économiques ?
Nous acceptons ce risque car l'immobilier représente souvent une contrainte qui réduit notre autonomie et notre capacité à pivoter rapidement. En restant sans dette longue durée, nous gardons la liberté de nous adapter aux changements sans être ligotés par un bien ou des règles qui évoluent. Cela nous permet de construire notre propre trajectoire financière en dehors des sentiers tracés.
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